17 avril 2006

Opinion - Le mariage Gay : une nécessaire avancée démocratique

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[Et pour penser un peu plus loin : Thibaud Collin, Le Mariage gay,
http://www.libertepolitique.com/public/services/livre.php?id=275]

La France, pays des droits de l’Homme, est encore une fois absente d’un vrai débat de société, et, si elle n’y prend pas garde, elle risque d’être le dernier pays d’Europe a accomplir une avancée démocratique importante : légaliser le mariage Gay. Nos hommes politiques, si prompts à se saisir de toute grande cause et à donner des leçons à l’étranger, sont curieusement muets sur ce thème, sauf quelques rares voix. A tort.

La revendication d’un mariage gay n’est sûrement pas le symbole d’un embourgeoisement réactionnaire d’une communauté, c’est tout d’abord l’aboutissement d’une lutte pour une réelle égalité des droits. Enfin ! La légalisation du mariage homosexuel est avant tout une question de justice et d’égalité. Comment cela peut-il encore échapper à notre société ?

C’est au nom d’une progression de la démocratie que ce droit doit être revendiqué au même titre – osons les comparaisons – que l’abolition de la peine de mort ou le droit à l’avortement.

20051227_mariagegay_1_4Car le mariage, dans une société laïque, est l’union de deux individus qui s’aiment, vivent en couple, et désirent bâtir ensemble, cette volonté s’incarnant dans un contrat devant les institutions. Le mariage est précisément la reconnaissance de cette volonté humaine. Et parce que la France est un état politiquement laïc, la loi ne devrait pas préjuger de l’orientation sexuelle entre personnes majeures consentantes. Elle doit s’en tenir au fondement même de la relation de couple entre individus manifestant le même désir en tant que citoyens et non en tant qu’homosexuels ou hétérosexuels. Ainsi, les homosexuel(le)s doivent avoir le droit au mariage, non du fait de leur homosexualité, mais simplement pour le plein exercice de leurs droits de citoyens. La revendication d’un mariage entre personnes de même sexe, avant d’être un choix est déjà un devoir, car elle répond à un principe de liberté : liberté d’accepter ou de refuser une institution fondamentale qui fut pourtant trop longtemps le prétexte à une ségrégation implicitement sexuelle.

h_primary4_1_Que les églises et les religions fassent le lien entre mariage et hétérosexualité n’étonnera personne et on pourrait même considérer qu’elles jouent leur rôle, car derrière la démarche d’union vient, selon elles, celle de procréation. Mais cette vision ne doit pas être celle d’une société laïque : non, le mariage n’est pas, dans la société civile, la sacralisation d’une relation entre un homme et une femme visant à donner la vie. C’est uniquement la reconnaissance en terme de droits d’une relation entre deux personnes décidées à tenter de vivre le reste (ou une partie) de leur vie en commun. Une simple question de droit, de devoir et de vie commune. Le désir d’enfant se pose et se posera en dehors du mariage. Que le contrat prévoit ce désir est naturel, mais il n’y a pas dans le mariage laïc d’obligation à procréer.

quicklookLe PACS, accordé voilà quelques années, a été une première étape intéressante, mais ne peut suffire en terme de droits concrets. Pour la première fois, la loi a permis à des individus de se rassembler, de se donner conjointement des droits et des devoirs : que ces individus soient amants, amis, cousins, etc. Il s’agissait là de répondre à une demande générale de la société, et pas simplement de la communauté gay, d’obtenir un outil juridique plus simple et plus ouvert que le mariage. Le PACS répond à une évolution de notre société, c’est une simplification – certains diraient un affaiblissement – de l’engagement. Qu’on ait, dès l’origine, gommé toute référence sexuelle était une avancée, simplifiée certainement par l’absence de référent religieux à ce contrat, mais ce n’est pas suffisant, il n’accorde pas pour autant une pleine égalité de droit.

commitment_1_2Et l’adoption ? Soyons clair, si le mariage gay fait peur c’est que derrière lui se profile la possibilité pour des couples homosexuels d’adopter. Et alors ? Noyée entre la vulgarisation de la psychanalyse familiale des années 80 et une vase religieuse dogmatique, la société doit lever la tête et ouvrir les yeux : ceux qui croient que les couples gays n’ont pas déjà des enfants devraient sortir de chez eux plus souvent. L’amour a déjà bousculé les barrières ! Dans un monde de familles recomposées évoluant en permanence, il faut bien admettre qu’avoir deux pères ou deux mères n’est pas traumatisant pour l’enfant. Ce qui traumatise l’enfant c’est le jugement discriminant que porte sur lui la société tout entière via ses camarades, via d’autres adultes, etc. Ce qui traumatise un enfant ce n’est pas l’amour de ses parents, c’est le reste, la violence, la dévalorisation, le mépris, la négation de son droit au respect. Prétexter le besoin de repères parentaux (homme/femme) est un argument radicalement frauduleux, identique à celui qu’on posait sur les familles où une femme noire se mariait avec un homme blanc… mauvais souvenirs d’un passé terrifiant… Quel est donc le plus grand traumatisme ? Avoir deux parents de même sexe, une mère sans père, une mère et deux pères (dont le géniteur)…? Tout et son contraire est dit. Si la norme hétérosexuelle est nécessaire pour un développement harmonieux de l’enfant, il faut interdire rapidement l’adoption possible par les célibataires ! Là encore, ce débat ressemble à une grande tartufferie où « l’intérêt de l’enfant » est brandi pour cacher des motifs moins avouables.

photo7000112_1_Ici, que l’intérêt de l’enfant doit être préservé, personne ne le niera, les gays comme les autres. Comment protéger l’enfant ? Simplement en encadrant par la loi un phénomène qui existe déjà : que les conditions d’adoption pour les couples homosexuels soient définies et harmonisées, comme c’est le cas pour les couples hétérosexuels, montrera enfin un vrai souci de l’enfant. Il faut définir, encadrer et contrôler, c’est la meilleure manière de protéger les enfants, et cesser de voir (et de présenter) les gays comme des clubbers irresponsables incapables d’élever correctement des enfants.

Alors, où est le débat ? A notre sens, nulle part, et une partie des discussions résulte plutôt d’un problème de vocabulaire : l’utilisation du mot « mariage » trop lié à la religion, à des notions de procréation, à un délire de sacralisation d’un type de sexualité préférable. Si c’est tout, gommons du code civil le mot mariage (parlons d’union civile ? Union laïque ?), pour abandonner aux églises son utilisation… A moins que le débat actuel ne reflète qu’une profonde résistance machiste de la société française voulant à tout prix conserver un pouvoir sur la sexualité, et imposer l’hétérosexualité comme modèle normal. Dans ce cas, la lutte pour l’égalité des droits est un devoir, et elle sera encore longue… tant que le sens-commun résistera au bon-sens.

Frederic Florens  et Jérôme Olinon

Voir aussi :

L'Union fait-elle l'union ? http://www.europeplusnet.info/article367.html

Le mariage gay (à paris) ? http://www.dossiersdunet.com/article182.html

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