On est parfois (agréablement) surpris par des œuvres dont on n’attendait rien de particulier, si ce n’est un moment de détente. Le Cycle de L’Assassin Royal, de l’auteur américain Robin Hobb fait partie de ces surprises.

2290303607.08._sclzzzzzzz__1_Robin Hobb a visiblement bien appris de l’école d’écriture américaine et elle sait mener un récit avec brio, ménageant ses surprises et rebondissements, mêlant adroitement dialogues et descriptions. Si l’univers est d’un classicisme de bon aloi pour ce type de littérature (un monde moyenâgeux mâtiné de plusieurs formes de magies mystérieuses), les personnages se révèlent quant à eux plus surprenants et participent principalement à l’intérêt de ce cycle.

Robin Hobb prend son temps (le cycle s’étale sur treize tomes dans son édition en français), mais elle parvient à créer assez vite un personnage central attachant et complexe, héros en proie au doute permanent, capable de véritables élans de générosité, comme de lâchetés flagrantes dans ses relations aux autres. En un mot : humain. On est pris par les rebondissements de l’intrigue, mais également (surtout) par les relations complexes qui se créent entre les personnages au fil des pages. Car, élément marquant, malgré un récit à la première personne, les personnages secondaires existent, vivent, ont une consistance, une réalité en dehors du héros. C’est la preuve d’une maturité stylistique à signaler.

La véritable originalité de ce cycle tient d’ailleurs à l’une des intrigues «sentimentales» qui parcourt les vingt tomes : l’amour du principal personnage secondaire homme (le « fou ») pour le héros. Amour qui se construit d’abord par une fascination secrète que Robin Hobb traduit par des détails, puis petit à petit, se dévoile, s’affirme pour finir par se déclarer.

hobb_1__copieOn aurait pu craindre un récit caricatural, il n’en est rien : la relation est décrite avec beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité. De réalité également et les sentiments du héros – qui rejette cet amour- sont également fort bien rendus. Bref, on n’est pas dans une collection sentimentale où tout se termine bien, dans un happy end programmé. L’intelligence et la force de Robin Hobb est justement d’ancrer complètement cette relation dans une réalité complexe et mouvante. C’est d’ailleurs, de manière surprenante, cette relation amoureuse qui sert de moteur principal à l’intrigue dans la seconde partie du cycle, comme si Robin Hobb avait voulu la mener à son terme.

Le cycle de l’Assassin Royal est donc une œuvre plus originale qu’il peut n’y paraître au premier abord. Je vous la conseille, mais il faut la lire sur plusieurs mois, laisser aux personnages le temps de mûrir tranquillement. Je ne la qualifierai pas de littérature « gay » (il faudra que l’on consacre quelques articles de ce blog à ce débat), mais tous ceux qui sont un jour tombés amoureux d’un hétéro pur et dur s’y retrouveront.

Jérôme.

Le Cycle de l’Assassin royal est publié chez Pygmalion en grand format. Le dernier tome a été publié en février 2006.

Les premiers tomes ont commencé à paraître chez J’ai Lu. Vu le découpage curieux que Pygmalion a adopté et les prix des grands formats, je conseille de commencer ce cycle en poche et d’attendre tranquillement la publication des derniers tomes.

On peut également signaler du même auteur, le cycle des Aventuriers de la Mer. Intéressant car les deux cycles se rejoignent à un moment.

voir : http://arcanesfantasy.free.fr/hobb.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robin_Hobb