07 juin 2006

critique - film - Transamerica, de D. Tucker (2006)

TRANSAMERICA (2006)200px_transamerica_1_

transamerica_l200512021147_1_un road-movie de troisième genre

Film de Duncan Tucker, avec Felicity Huffman et Kevin Zegers.

 

« Transamerica a reçu le Prix du Meilleur scénario lors du Festival du Film Américain de Deauville 2005. Le long-métrage a également permis à Felicity Huffman, la même année, de remporter le Prix de la Meilleure actrice au Festival new-yorkais de Tribeca. »

 

L’histoire : Bree, anciennement Stan, travaille jour et nuit pour se payer l’intervention chirurgicale qui lui donnera le corps dont elle rêve : celui d’être une femme. Quelques jours avant l’opération, elle reçoit un coup de téléphone d’un adolescent qui dit être à la recherche de son père, Stan. Un choc qui ne laisse pas Bree indifférente : son passé la rattrape alors qu’elle ne s’y attendait pas. Elle doit choisir entre revoir son fils avant ou après l’opération… Entre lui annoncer avant ou après être définitivement devenue femme.

En quelques mots : Un très beau film intelligent et fin... sur un sujet qui peut vite tourner à la caricature. On ressort de la salle avec un véritable plaisir d'avoir voyager intérieurement et d'avoir été un témoin privilégié d'un road movie aux tons de reconquête de soi et des relations humaines. A voir! Des acteurs magnifiques, une BO country et imprégnante, et un sujet loin d’être galvaudé sur le genre sexuel et non sur la sexualité. Après Browback Mountain, qui nous présentait l’histoire d’amour impossible entre deux hommes des années 70, Transamerica nous parle d’identité sexuelle, aujourd’hui, et de la possibilité d’un équilibre affectif et social dans une culture américaine finalement moins clichée que prévue, avec pour force supplémentaire et remarquable de ne pas m’avoir fait pleuré à la fin du film, mais une petite demi-heure avant, quelques larmes imprévues, ne pouvant me permettre de taxer ce film de pathos – et c’est tant mieux. Pari réussi pour un thème que l’on espère voir travaillé à nouveau. En attendant, Transamérica est un film à revoir sans ennui.

Quand le corps s’accorde en genre avec son âme...

 

transamerica1_1_1_1Clichés ou états des lieux ? Le thème du changement d’identité sexuelle est toujours très difficile à traiter sans tomber dans des poncifs. C’est pourtant ce que parvient à éviter Tucker dans ce road-movie psychologique et touchant, en mêlant élément original : Bree a un enfant qu’elle ne connaît pas et qu’elle va apprendre à connaître en se dévoilant peu à peu. Partie d’une recherche d’identité féminine, elle se retrouve acculée à sa condition de père… difficile de s’y retrouver… C’est l’originalité qui permet au thème de ne pas être autocentré et grossier. Reste malgré tout quelques clichés ou scènes faciles qui passent pourtant comme des détails derrières les enjeux plus importants du sujet et le plaisir de l’agencement d’ensemble.

Une histoire de famille. Mais il faut voir également que Bree ne sort pas d’une famille intellectuelle où les repères morauxtransamerica_05_1_ sont habituellement plus facilement remis en cause. Accepter cela d’emblée, permet de voir un film où le sujet du transsexualisme ne peut pas être élaboré avec la plus grande distance sans perdre son réalisme. Cela n’entache pourtant pas la qualité avec laquelle sont montrés les subtils liens familiaux : le film tourne autour de non-dits, les personnages ne sont pas des as de la communication, d’où l’apparition de situations frontales et explicites, qui pourraient être prises comme des clichés mais sont des conséquences de la difficulté de communiquer l’essentiel.

transamerica_1_2A la fois femme et père. Bree est extrêmement touchante, la relation avec son fils est travaillée avec une intelligence qui nous tient en haleine, et nous pousse à vouloir comprendre la nature de leur rapport (indifférence, rejet, pitié, amour ?). Amour ambigu d’ailleurs… Et l’on aime se retrouver loin des dogmes socio-sexuels froids du monde actuel, pour se trouver concerné par des coups de colère et des liens affectifs forts qui oscillent entre la volonté de pardonner ou la violence face à la transgression sociale de l’expression de soi (du genre sexuel et non de la sexualité) et des rapports humains – à recomposer. Entre la douceur et la détresse, père et fils - un père femme et un fils qui ne sait où définir sa sexualité - cherchent toujours leur équilibre et ne se fixeront pas dans une relation prévisible.

huffman_1_1Acteurs 4 étoiles. Avec des personnages très attachants, un humour fin, un contexte dépaysant et bien mesuré - l’Amérique des petits villages du sud -, des dialogues fins et piquants, on a droit à une histoire qui nous transporte et ne nous laisse pas l’ennui d’anticiper le scénario. Les acteurs sont exceptionnels. Prix spécial pour Huffman qui joue à merveille et se fait parfaitement passer pour un homme en transit, un peu décalé, pas encore épanoui mais sur la voie, pas suffisamment libre pour passer inaperçu, mais terriblement présent, fort, androgyne et finalement humain. Un film à cette image.

 

Frédéric Florens.

http://www.transamerica-lefilm.com

et pour la BO : http://nettwerk.com/ecard/transamerica/

Posté par cylibris à 15:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur critique - film - Transamerica, de D. Tucker (2006)

Nouveau commentaire