Blog de CyLibris

Le blog des Editions CyLibris, éditeur de littérature gay.

10 juillet 2006

Reinaldo ARENAS – Auteur Cubain, artiste inclassable.

Cuba_1_goldstein_1_Reinaldo ARENAS

Auteur Cubain. Né en 1943 à Holguin (Cuba), mort en 1990 à New York

Reinaldo Arenas est né à Cuba en 1943. En grandissant, il amasse toutes les « tares » qui déplaisent au régime castriste : Il montre d’abord une fière attirance pour les jeunes hommes et, ce qui aggrave grandement son cas, il écrit. Il évolue dans un milieu poétique qui éveille les pensées et les rêves, ça fait peur vu les temps qui courent. Nombre de ses livres ont dus être écrits et réécrits car la plupart des versions initiales ont été confisquées à Cuba. En 1980, après la prison et les travaux forcés pour avoir contesté le régime, il s’enfuit sous une fausse identité vers les Etats Unis. Il mettra fin à ses jours en décembre 1990, avant que le SIDA ne puisse gagner la bataille. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres : romans, contes et poésie.

   

Reinaldo Arenas, magicien littéraire, a la capacité de se balader de genres en genres

Le livre incontournable de Reinaldo est Avant la nuit, un récit autobiographique, un testament écrit dans l’urgence,  justement avant la nuit. Dans ce livre, il raconte ses années de persécution à Cuba, la prison, la répression, les préjugés face à son homosexualité. C’est un texte noir, d’une grande force. On sent parfois la plume de Reinaldo trembler tant les mots sont lourds de sens et de sentiments. Tout au long de ces années de répression, il va se servir de son homosexualité pour affirmer sa liberté, plus on le voudra différent, plus il sera lui-même. Dans ce livre, il transfigure la société cubaine en une société majoritairement homosexuelle. Un réel cauchemar pour toutes les têtes dirigeantes bien pensantes !

   

   2742730966_1_A voir (absolument) :  Avant la nuit / Before night Falls de Julian Schabel

Réalisé par Julian Schnabel avec Sean Penn, Javier Bardem, Olivier Martinez.

Film américain.

Genre : Biographie.

Drame Durée : 2h 13min.

   

Quand Reinaldo se fait fable…

Le portier est une fable New Yorkaise. La « légende » dit que ce roman est celui de l’un des proches amis de Reinaldo, mais celui-ci ne parvenant pas à l’écrire,  Reinaldo s’y est collé. Nous voici face à un roman burlesque qui prend vie grâce aux locataires farfelus d’un immeuble et de sa population animale pour le moins étrange. Grand plongeon dans une fable irrationnelle et emblématique de la futilité d’une certaine société new yorkaise – Ironie et cynisme à volonté !

   

Quand Reinaldo se fait parodie… bardem1_1_

Avec La colline de l’ange , Reinaldo s’attaque à la parodie. Ce livre n’est rien de plus qu’un remake du livre culte cubain Cecilia Valdès de Cirillo Vilaverde (leur Autant en emporte le vent local). Reinaldo s’acharne sur ses personnages ainsi que sur les situations initiales de Villaverde. Il va subtilement se réapproprier le roman, et exhiber sans retenue son sens développé de la dérision. Un sourire accompagne fatalement la lecture de ce livre.

(N.B. Le livre peut absolument être lu sans connaître le texte source de la parodie)

   

Quand Reinaldo épate…

Reinaldo Arenas est l’auteur d’une pentagonie : Célestino avant l’aube, Le Palais des très blanches mouffettes, Encore une fois la mer, La couleur de l’été et l’Assaut.. Chacun de bons gros pavés qui feront baver les lecteurs les plus impétueux. Je m’avance, je m’avance… Je n’ai encore lu que le premier tome… juste parce que Le palais des très blanches mouffettes était épuisé, plus édité, scandale pour une fan en devenir (!) de Reinaldo. Mais merci aux Editions des Mille et une nuit d’avoir eu l’idée géniale de rééditer ce second volet récemment (merci également à « la société ultra secrète des amis de Reinaldo Arenas » pour son pouvoir de persuasion).

Trêve de plaisanterie.

zanim_20zapadnie_20noc_1_Ce livre est épatant, à lire idéalement après Le Portier pour être ébloui totalement par la force des mots et la poésie que Reinaldo déverse dans ce roman. On le croyait cynique et taquin, parodieux à faire le malin, mais le voici maintenant absolument maître de ses mots. Ce premier tome est travaillé, retravaillé, peaufiné, éblouissant. Il raconte les jeunes années d’un petit cubain, élevé dans une campagne perdue, parmi une famille instable. Il passe son temps à écrire de la poésie, on le lui interdit, il écrit sur les arbres, on coupe les arbres. Un livre sur l’urgence du rêve de l’enfant que l’on ne veut pas laisser rêver. Alors, on traverse les pages dans le même état d’esprit que l’enfant, entre le rêve et la réalité, ne sachant pas bien où commence le rêve qui peut passer pour une réalité délicatement embaumée par la poésie de Reinaldo.

Isabelle.

PS : Si vous vous sentez l’âme d’un Reinaldo, adressez vos manuscrits au comité de lecture CyLibris, et plus spécialement à Isabelle…


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13 juin 2006

critique - C.R.A.Z.Y.

crazy_poster4C.R.A.Z.Y. (2006)

Film québécois de Jean-Marc Vallée avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Émile Vallée, Pierre-Luc Brillant, Maxime Tremblay, Alex Gravel, Natasha Thompson, Johanne Lebrun. - Durée : 2H09

C.R.A.Z.Y est un film où l’on doit gratter la folie latente des personnages pour en dénuder la pudeur, la fragilité et la tendresse.

Le film présente une famille québécoise modeste, banale et typique. Cinq garçons vont naître de ce foyer, chacun présentant les maux de la jeunesse d’une époque (quelle époque ?) : Problèmes d’identité, de drogue, d’incompréhension, de maladresses mais d’amour avant tout.

En suivant plus particulièrement l’évolution de Zach – le film débute sur sa naissance le jour de Noël 1960 – l’histoire tend à démontrer que, décidément, il ne suffit pas d’aimer pour être de bons parents. Zach va tenter d’entrer dans le moule préparé pour les sages petits garçons. Pourtant, peu à peu, il s’affirme comme un être de trop grande sensibilité, douteuse…

Le film aborde pudiquement la question de l’homosexualité. Tout comme Zach qui se découvre, nous sommes plongés dans le doute : L’est-il ? Ne l’est-il pas ? Comment son père va-t-il réagir ? Bien sûr, sa mère restera son allié… Le spectateur analyse, se perd, comprend Zach à la différence de son entourage. Car décidément, ce n’est pas facile d’être de bons parents… dans une société qui juge, qui ne veut pas mettre les mots sur la réalité par peur du regard des voisins.

Ce film n’est pas seulement le voyage initiatique de Zach, mais également celui de ses parents, de sa famille, voire même de la société. Chacun découvre, de façon tragique parfois, qu’accepter est mieux que de perdre. Néanmoins, les thèmes abordés dans ce film n’en font pas un mélodrame larmoyant. Une certaine légèreté s’empare du film, par les dialogues (l’accent québécois aide), un vent de situations loufoques, les idées fixes et burlesques de certains de personnages.

Finalement, ce film n’est pas un film sur l’homosexualité : c’est un film sur l’amour filial, l’amour dans une famille (a)typique.

Isabelle.

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07 juin 2006

critique - film - Transamerica, de D. Tucker (2006)

TRANSAMERICA (2006)200px_transamerica_1_

transamerica_l200512021147_1_un road-movie de troisième genre

Film de Duncan Tucker, avec Felicity Huffman et Kevin Zegers.

 

« Transamerica a reçu le Prix du Meilleur scénario lors du Festival du Film Américain de Deauville 2005. Le long-métrage a également permis à Felicity Huffman, la même année, de remporter le Prix de la Meilleure actrice au Festival new-yorkais de Tribeca. »

 

L’histoire : Bree, anciennement Stan, travaille jour et nuit pour se payer l’intervention chirurgicale qui lui donnera le corps dont elle rêve : celui d’être une femme. Quelques jours avant l’opération, elle reçoit un coup de téléphone d’un adolescent qui dit être à la recherche de son père, Stan. Un choc qui ne laisse pas Bree indifférente : son passé la rattrape alors qu’elle ne s’y attendait pas. Elle doit choisir entre revoir son fils avant ou après l’opération… Entre lui annoncer avant ou après être définitivement devenue femme.

En quelques mots : Un très beau film intelligent et fin... sur un sujet qui peut vite tourner à la caricature. On ressort de la salle avec un véritable plaisir d'avoir voyager intérieurement et d'avoir été un témoin privilégié d'un road movie aux tons de reconquête de soi et des relations humaines. A voir! Des acteurs magnifiques, une BO country et imprégnante, et un sujet loin d’être galvaudé sur le genre sexuel et non sur la sexualité. Après Browback Mountain, qui nous présentait l’histoire d’amour impossible entre deux hommes des années 70, Transamerica nous parle d’identité sexuelle, aujourd’hui, et de la possibilité d’un équilibre affectif et social dans une culture américaine finalement moins clichée que prévue, avec pour force supplémentaire et remarquable de ne pas m’avoir fait pleuré à la fin du film, mais une petite demi-heure avant, quelques larmes imprévues, ne pouvant me permettre de taxer ce film de pathos – et c’est tant mieux. Pari réussi pour un thème que l’on espère voir travaillé à nouveau. En attendant, Transamérica est un film à revoir sans ennui.

Quand le corps s’accorde en genre avec son âme...

 

transamerica1_1_1_1Clichés ou états des lieux ? Le thème du changement d’identité sexuelle est toujours très difficile à traiter sans tomber dans des poncifs. C’est pourtant ce que parvient à éviter Tucker dans ce road-movie psychologique et touchant, en mêlant élément original : Bree a un enfant qu’elle ne connaît pas et qu’elle va apprendre à connaître en se dévoilant peu à peu. Partie d’une recherche d’identité féminine, elle se retrouve acculée à sa condition de père… difficile de s’y retrouver… C’est l’originalité qui permet au thème de ne pas être autocentré et grossier. Reste malgré tout quelques clichés ou scènes faciles qui passent pourtant comme des détails derrières les enjeux plus importants du sujet et le plaisir de l’agencement d’ensemble.

Une histoire de famille. Mais il faut voir également que Bree ne sort pas d’une famille intellectuelle où les repères morauxtransamerica_05_1_ sont habituellement plus facilement remis en cause. Accepter cela d’emblée, permet de voir un film où le sujet du transsexualisme ne peut pas être élaboré avec la plus grande distance sans perdre son réalisme. Cela n’entache pourtant pas la qualité avec laquelle sont montrés les subtils liens familiaux : le film tourne autour de non-dits, les personnages ne sont pas des as de la communication, d’où l’apparition de situations frontales et explicites, qui pourraient être prises comme des clichés mais sont des conséquences de la difficulté de communiquer l’essentiel.

transamerica_1_2A la fois femme et père. Bree est extrêmement touchante, la relation avec son fils est travaillée avec une intelligence qui nous tient en haleine, et nous pousse à vouloir comprendre la nature de leur rapport (indifférence, rejet, pitié, amour ?). Amour ambigu d’ailleurs… Et l’on aime se retrouver loin des dogmes socio-sexuels froids du monde actuel, pour se trouver concerné par des coups de colère et des liens affectifs forts qui oscillent entre la volonté de pardonner ou la violence face à la transgression sociale de l’expression de soi (du genre sexuel et non de la sexualité) et des rapports humains – à recomposer. Entre la douceur et la détresse, père et fils - un père femme et un fils qui ne sait où définir sa sexualité - cherchent toujours leur équilibre et ne se fixeront pas dans une relation prévisible.

huffman_1_1Acteurs 4 étoiles. Avec des personnages très attachants, un humour fin, un contexte dépaysant et bien mesuré - l’Amérique des petits villages du sud -, des dialogues fins et piquants, on a droit à une histoire qui nous transporte et ne nous laisse pas l’ennui d’anticiper le scénario. Les acteurs sont exceptionnels. Prix spécial pour Huffman qui joue à merveille et se fait parfaitement passer pour un homme en transit, un peu décalé, pas encore épanoui mais sur la voie, pas suffisamment libre pour passer inaperçu, mais terriblement présent, fort, androgyne et finalement humain. Un film à cette image.

 

Frédéric Florens.

http://www.transamerica-lefilm.com

et pour la BO : http://nettwerk.com/ecard/transamerica/

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22 avril 2006

Critique - Robin Hobb, le cycle de L'Assassin Royal

On est parfois (agréablement) surpris par des œuvres dont on n’attendait rien de particulier, si ce n’est un moment de détente. Le Cycle de L’Assassin Royal, de l’auteur américain Robin Hobb fait partie de ces surprises.

2290303607.08._sclzzzzzzz__1_Robin Hobb a visiblement bien appris de l’école d’écriture américaine et elle sait mener un récit avec brio, ménageant ses surprises et rebondissements, mêlant adroitement dialogues et descriptions. Si l’univers est d’un classicisme de bon aloi pour ce type de littérature (un monde moyenâgeux mâtiné de plusieurs formes de magies mystérieuses), les personnages se révèlent quant à eux plus surprenants et participent principalement à l’intérêt de ce cycle.

Robin Hobb prend son temps (le cycle s’étale sur treize tomes dans son édition en français), mais elle parvient à créer assez vite un personnage central attachant et complexe, héros en proie au doute permanent, capable de véritables élans de générosité, comme de lâchetés flagrantes dans ses relations aux autres. En un mot : humain. On est pris par les rebondissements de l’intrigue, mais également (surtout) par les relations complexes qui se créent entre les personnages au fil des pages. Car, élément marquant, malgré un récit à la première personne, les personnages secondaires existent, vivent, ont une consistance, une réalité en dehors du héros. C’est la preuve d’une maturité stylistique à signaler.

La véritable originalité de ce cycle tient d’ailleurs à l’une des intrigues «sentimentales» qui parcourt les vingt tomes : l’amour du principal personnage secondaire homme (le « fou ») pour le héros. Amour qui se construit d’abord par une fascination secrète que Robin Hobb traduit par des détails, puis petit à petit, se dévoile, s’affirme pour finir par se déclarer.

hobb_1__copieOn aurait pu craindre un récit caricatural, il n’en est rien : la relation est décrite avec beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité. De réalité également et les sentiments du héros – qui rejette cet amour- sont également fort bien rendus. Bref, on n’est pas dans une collection sentimentale où tout se termine bien, dans un happy end programmé. L’intelligence et la force de Robin Hobb est justement d’ancrer complètement cette relation dans une réalité complexe et mouvante. C’est d’ailleurs, de manière surprenante, cette relation amoureuse qui sert de moteur principal à l’intrigue dans la seconde partie du cycle, comme si Robin Hobb avait voulu la mener à son terme.

Le cycle de l’Assassin Royal est donc une œuvre plus originale qu’il peut n’y paraître au premier abord. Je vous la conseille, mais il faut la lire sur plusieurs mois, laisser aux personnages le temps de mûrir tranquillement. Je ne la qualifierai pas de littérature « gay » (il faudra que l’on consacre quelques articles de ce blog à ce débat), mais tous ceux qui sont un jour tombés amoureux d’un hétéro pur et dur s’y retrouveront.

Jérôme.

Le Cycle de l’Assassin royal est publié chez Pygmalion en grand format. Le dernier tome a été publié en février 2006.

Les premiers tomes ont commencé à paraître chez J’ai Lu. Vu le découpage curieux que Pygmalion a adopté et les prix des grands formats, je conseille de commencer ce cycle en poche et d’attendre tranquillement la publication des derniers tomes.

On peut également signaler du même auteur, le cycle des Aventuriers de la Mer. Intéressant car les deux cycles se rejoignent à un moment.

voir : http://arcanesfantasy.free.fr/hobb.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robin_Hobb


Posté par cylibris à 10:32 - Critiques - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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