Blog de CyLibris

10 juillet 2006

Reinaldo ARENAS – Auteur Cubain, artiste inclassable.

Cuba_1_goldstein_1_Reinaldo ARENAS

Auteur Cubain. Né en 1943 à Holguin (Cuba), mort en 1990 à New York

Reinaldo Arenas est né à Cuba en 1943. En grandissant, il amasse toutes les « tares » qui déplaisent au régime castriste : Il montre d’abord une fière attirance pour les jeunes hommes et, ce qui aggrave grandement son cas, il écrit. Il évolue dans un milieu poétique qui éveille les pensées et les rêves, ça fait peur vu les temps qui courent. Nombre de ses livres ont dus être écrits et réécrits car la plupart des versions initiales ont été confisquées à Cuba. En 1980, après la prison et les travaux forcés pour avoir contesté le régime, il s’enfuit sous une fausse identité vers les Etats Unis. Il mettra fin à ses jours en décembre 1990, avant que le SIDA ne puisse gagner la bataille. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres : romans, contes et poésie.

   

Reinaldo Arenas, magicien littéraire, a la capacité de se balader de genres en genres

Le livre incontournable de Reinaldo est Avant la nuit, un récit autobiographique, un testament écrit dans l’urgence,  justement avant la nuit. Dans ce livre, il raconte ses années de persécution à Cuba, la prison, la répression, les préjugés face à son homosexualité. C’est un texte noir, d’une grande force. On sent parfois la plume de Reinaldo trembler tant les mots sont lourds de sens et de sentiments. Tout au long de ces années de répression, il va se servir de son homosexualité pour affirmer sa liberté, plus on le voudra différent, plus il sera lui-même. Dans ce livre, il transfigure la société cubaine en une société majoritairement homosexuelle. Un réel cauchemar pour toutes les têtes dirigeantes bien pensantes !

   

   2742730966_1_A voir (absolument) :  Avant la nuit / Before night Falls de Julian Schabel

Réalisé par Julian Schnabel avec Sean Penn, Javier Bardem, Olivier Martinez.

Film américain.

Genre : Biographie.

Drame Durée : 2h 13min.

   

Quand Reinaldo se fait fable…

Le portier est une fable New Yorkaise. La « légende » dit que ce roman est celui de l’un des proches amis de Reinaldo, mais celui-ci ne parvenant pas à l’écrire,  Reinaldo s’y est collé. Nous voici face à un roman burlesque qui prend vie grâce aux locataires farfelus d’un immeuble et de sa population animale pour le moins étrange. Grand plongeon dans une fable irrationnelle et emblématique de la futilité d’une certaine société new yorkaise – Ironie et cynisme à volonté !

   

Quand Reinaldo se fait parodie… bardem1_1_

Avec La colline de l’ange , Reinaldo s’attaque à la parodie. Ce livre n’est rien de plus qu’un remake du livre culte cubain Cecilia Valdès de Cirillo Vilaverde (leur Autant en emporte le vent local). Reinaldo s’acharne sur ses personnages ainsi que sur les situations initiales de Villaverde. Il va subtilement se réapproprier le roman, et exhiber sans retenue son sens développé de la dérision. Un sourire accompagne fatalement la lecture de ce livre.

(N.B. Le livre peut absolument être lu sans connaître le texte source de la parodie)

   

Quand Reinaldo épate…

Reinaldo Arenas est l’auteur d’une pentagonie : Célestino avant l’aube, Le Palais des très blanches mouffettes, Encore une fois la mer, La couleur de l’été et l’Assaut.. Chacun de bons gros pavés qui feront baver les lecteurs les plus impétueux. Je m’avance, je m’avance… Je n’ai encore lu que le premier tome… juste parce que Le palais des très blanches mouffettes était épuisé, plus édité, scandale pour une fan en devenir (!) de Reinaldo. Mais merci aux Editions des Mille et une nuit d’avoir eu l’idée géniale de rééditer ce second volet récemment (merci également à « la société ultra secrète des amis de Reinaldo Arenas » pour son pouvoir de persuasion).

Trêve de plaisanterie.

zanim_20zapadnie_20noc_1_Ce livre est épatant, à lire idéalement après Le Portier pour être ébloui totalement par la force des mots et la poésie que Reinaldo déverse dans ce roman. On le croyait cynique et taquin, parodieux à faire le malin, mais le voici maintenant absolument maître de ses mots. Ce premier tome est travaillé, retravaillé, peaufiné, éblouissant. Il raconte les jeunes années d’un petit cubain, élevé dans une campagne perdue, parmi une famille instable. Il passe son temps à écrire de la poésie, on le lui interdit, il écrit sur les arbres, on coupe les arbres. Un livre sur l’urgence du rêve de l’enfant que l’on ne veut pas laisser rêver. Alors, on traverse les pages dans le même état d’esprit que l’enfant, entre le rêve et la réalité, ne sachant pas bien où commence le rêve qui peut passer pour une réalité délicatement embaumée par la poésie de Reinaldo.

Isabelle.

PS : Si vous vous sentez l’âme d’un Reinaldo, adressez vos manuscrits au comité de lecture CyLibris, et plus spécialement à Isabelle…


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01 juillet 2006

Présenter son manuscrit

selectr_1_2Voilà, vous sentez que votre texte est mûr...

Vous voulez vous lancer à l'assaut de l'édition. Soit.

Mais avant de commencer vos envois, quelques étapes simples mais nécessaires sont encore à passer...

Les conseils suivants s'appliquent pour un manuscrit standard. Bien entendu, ne les suivez pas forcément si une présentation originale apporte un plus à votre oeuvre. Rappelez-vous cependant que votre manuscrit doit, au final, être facilement lisible. Publier est une lutte et la plupart des maisons d'édition reçoivent des dizaines de manuscrits par mois, il faut donc simplifier (ou en tous cas, ne pas irriter) les membres des comités de lecture (ou les stagiaires qui traitent les réceptions de manuscrits...) :

1) N'envoyez que des manuscrits imprimés sur imprimante. Si vous l'avez péniblement écrit à la main ou tapé à la machine, retardez votre envoi le temps qu'il faut pour que votre oeuvre soit sur informatique. Cela sera plus simple pour tout le monde : pour vous lorsqu'il faudra intégrer les éventuelles corrections, pour l'éditeur dans son processus de mise en page pour publication.

2) Passez le correcteur orthographique avant d'imprimer (vous n'imaginez pas le nombre de fautes de frappes qui seront ainsi corrigées) mais ATTENTION : les correcteurs sont imparfaits et parfois fantaisistes. Bref, ayez un regard (très) critique sur ce que la machine va vous proposer. D'une manière générale, faites relire vos manuscrits (par des personnes maîtrisant l'orthographe et la grammaire). On vous trouvera toujours des « coquilles », des fautes de syntaxe et d'accords.

3) Envoyez votre oeuvre imprimée sur recto simple. Vérifiez éventuellement si l'éditeur visé ne demande pas certaines conventions de présentation (par exemple, 25 lignes de 60 caractères environ double interligne par pages, ce qui est assez standard).

4) D'une manière générale : af_20051

  • Optez pour une police de caractère lisible et standard style Times, Verdana, Arial, (pas de lettres tarabiscotées, ou autre qui rendrait le tout difficilement lisible).

  • Choisissez une taille de caractère raisonnable : en dessous d'une taille 10, cela devient difficile à lire, quelque soit la police choisie. Les standards sont Helvetica 12/10, Palatino 12/10, Times 12, Arial 12.

  • Imprimez en noir sur papier blanc.

  • Utilisez de préférence une imprimante donnant un contraste suffisant (évitez les fins de cartouches fatiguées qui donne un noir virant au gris puis au blanc...).

5) Aérez la mise en page :

  • Laissez une marge suffisante pour que le lecteur puisse y porter des annotations.

  • Revenez à la ligne pour les dialogues et n'oubliez pas de les faire précéder de guillemets ou de tirets (voir les règles grammaticales sur notre site si vous désirez une aide...).

  • N'hésitez pas à couper vos paragraphes trop longs.

6) Numérotez vos pages, et indiquez en en-tête le nom de l'oeuvre. Cela semble basique, mais vous n'imaginez pas le nombre de manuscrits non numérotés.

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7) Sur la première page ou la couverture : indiquez lisiblement le titre du roman, ainsi que votre nom et vos coordonnées. Là encore, il arrive de recevoir des manuscrits où l'auteur n'indique pas ses coordonnées : une fois la lettre de couverture séparée du manuscrit, il est parfois difficile de faire une réponse...

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13 juin 2006

critique - C.R.A.Z.Y.

crazy_poster4C.R.A.Z.Y. (2006)

Film québécois de Jean-Marc Vallée avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Émile Vallée, Pierre-Luc Brillant, Maxime Tremblay, Alex Gravel, Natasha Thompson, Johanne Lebrun. - Durée : 2H09

C.R.A.Z.Y est un film où l’on doit gratter la folie latente des personnages pour en dénuder la pudeur, la fragilité et la tendresse.

Le film présente une famille québécoise modeste, banale et typique. Cinq garçons vont naître de ce foyer, chacun présentant les maux de la jeunesse d’une époque (quelle époque ?) : Problèmes d’identité, de drogue, d’incompréhension, de maladresses mais d’amour avant tout.

En suivant plus particulièrement l’évolution de Zach – le film débute sur sa naissance le jour de Noël 1960 – l’histoire tend à démontrer que, décidément, il ne suffit pas d’aimer pour être de bons parents. Zach va tenter d’entrer dans le moule préparé pour les sages petits garçons. Pourtant, peu à peu, il s’affirme comme un être de trop grande sensibilité, douteuse…

Le film aborde pudiquement la question de l’homosexualité. Tout comme Zach qui se découvre, nous sommes plongés dans le doute : L’est-il ? Ne l’est-il pas ? Comment son père va-t-il réagir ? Bien sûr, sa mère restera son allié… Le spectateur analyse, se perd, comprend Zach à la différence de son entourage. Car décidément, ce n’est pas facile d’être de bons parents… dans une société qui juge, qui ne veut pas mettre les mots sur la réalité par peur du regard des voisins.

Ce film n’est pas seulement le voyage initiatique de Zach, mais également celui de ses parents, de sa famille, voire même de la société. Chacun découvre, de façon tragique parfois, qu’accepter est mieux que de perdre. Néanmoins, les thèmes abordés dans ce film n’en font pas un mélodrame larmoyant. Une certaine légèreté s’empare du film, par les dialogues (l’accent québécois aide), un vent de situations loufoques, les idées fixes et burlesques de certains de personnages.

Finalement, ce film n’est pas un film sur l’homosexualité : c’est un film sur l’amour filial, l’amour dans une famille (a)typique.

Isabelle.

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07 juin 2006

critique - film - Transamerica, de D. Tucker (2006)

TRANSAMERICA (2006)200px_transamerica_1_

transamerica_l200512021147_1_un road-movie de troisième genre

Film de Duncan Tucker, avec Felicity Huffman et Kevin Zegers.

 

« Transamerica a reçu le Prix du Meilleur scénario lors du Festival du Film Américain de Deauville 2005. Le long-métrage a également permis à Felicity Huffman, la même année, de remporter le Prix de la Meilleure actrice au Festival new-yorkais de Tribeca. »

 

L’histoire : Bree, anciennement Stan, travaille jour et nuit pour se payer l’intervention chirurgicale qui lui donnera le corps dont elle rêve : celui d’être une femme. Quelques jours avant l’opération, elle reçoit un coup de téléphone d’un adolescent qui dit être à la recherche de son père, Stan. Un choc qui ne laisse pas Bree indifférente : son passé la rattrape alors qu’elle ne s’y attendait pas. Elle doit choisir entre revoir son fils avant ou après l’opération… Entre lui annoncer avant ou après être définitivement devenue femme.

En quelques mots : Un très beau film intelligent et fin... sur un sujet qui peut vite tourner à la caricature. On ressort de la salle avec un véritable plaisir d'avoir voyager intérieurement et d'avoir été un témoin privilégié d'un road movie aux tons de reconquête de soi et des relations humaines. A voir! Des acteurs magnifiques, une BO country et imprégnante, et un sujet loin d’être galvaudé sur le genre sexuel et non sur la sexualité. Après Browback Mountain, qui nous présentait l’histoire d’amour impossible entre deux hommes des années 70, Transamerica nous parle d’identité sexuelle, aujourd’hui, et de la possibilité d’un équilibre affectif et social dans une culture américaine finalement moins clichée que prévue, avec pour force supplémentaire et remarquable de ne pas m’avoir fait pleuré à la fin du film, mais une petite demi-heure avant, quelques larmes imprévues, ne pouvant me permettre de taxer ce film de pathos – et c’est tant mieux. Pari réussi pour un thème que l’on espère voir travaillé à nouveau. En attendant, Transamérica est un film à revoir sans ennui.

Quand le corps s’accorde en genre avec son âme...

 

transamerica1_1_1_1Clichés ou états des lieux ? Le thème du changement d’identité sexuelle est toujours très difficile à traiter sans tomber dans des poncifs. C’est pourtant ce que parvient à éviter Tucker dans ce road-movie psychologique et touchant, en mêlant élément original : Bree a un enfant qu’elle ne connaît pas et qu’elle va apprendre à connaître en se dévoilant peu à peu. Partie d’une recherche d’identité féminine, elle se retrouve acculée à sa condition de père… difficile de s’y retrouver… C’est l’originalité qui permet au thème de ne pas être autocentré et grossier. Reste malgré tout quelques clichés ou scènes faciles qui passent pourtant comme des détails derrières les enjeux plus importants du sujet et le plaisir de l’agencement d’ensemble.

Une histoire de famille. Mais il faut voir également que Bree ne sort pas d’une famille intellectuelle où les repères morauxtransamerica_05_1_ sont habituellement plus facilement remis en cause. Accepter cela d’emblée, permet de voir un film où le sujet du transsexualisme ne peut pas être élaboré avec la plus grande distance sans perdre son réalisme. Cela n’entache pourtant pas la qualité avec laquelle sont montrés les subtils liens familiaux : le film tourne autour de non-dits, les personnages ne sont pas des as de la communication, d’où l’apparition de situations frontales et explicites, qui pourraient être prises comme des clichés mais sont des conséquences de la difficulté de communiquer l’essentiel.

transamerica_1_2A la fois femme et père. Bree est extrêmement touchante, la relation avec son fils est travaillée avec une intelligence qui nous tient en haleine, et nous pousse à vouloir comprendre la nature de leur rapport (indifférence, rejet, pitié, amour ?). Amour ambigu d’ailleurs… Et l’on aime se retrouver loin des dogmes socio-sexuels froids du monde actuel, pour se trouver concerné par des coups de colère et des liens affectifs forts qui oscillent entre la volonté de pardonner ou la violence face à la transgression sociale de l’expression de soi (du genre sexuel et non de la sexualité) et des rapports humains – à recomposer. Entre la douceur et la détresse, père et fils - un père femme et un fils qui ne sait où définir sa sexualité - cherchent toujours leur équilibre et ne se fixeront pas dans une relation prévisible.

huffman_1_1Acteurs 4 étoiles. Avec des personnages très attachants, un humour fin, un contexte dépaysant et bien mesuré - l’Amérique des petits villages du sud -, des dialogues fins et piquants, on a droit à une histoire qui nous transporte et ne nous laisse pas l’ennui d’anticiper le scénario. Les acteurs sont exceptionnels. Prix spécial pour Huffman qui joue à merveille et se fait parfaitement passer pour un homme en transit, un peu décalé, pas encore épanoui mais sur la voie, pas suffisamment libre pour passer inaperçu, mais terriblement présent, fort, androgyne et finalement humain. Un film à cette image.

 

Frédéric Florens.

http://www.transamerica-lefilm.com

et pour la BO : http://nettwerk.com/ecard/transamerica/

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08 mai 2006

Finir son manuscrit

by_ioo_1_La vocation de CyLibris a toujours été d'aider les auteurs à se faire publier. C'est pourquoi, nous commençons une série de mini-articles sur nos conseils (vue du côté d'un éditeur) pour se faire publier. Et on commence par le début : arriver à finir son manuscrit !!

Vous croyez avoir mis le point final à votre manuscrit. Premier conseil : ne vous précipitez pas pour l'envoyer. Laissez-le reposer quelques temps (quelques jours ou quelques semaines) et relisez-le à tête reposée. Vous verrez, vous risquez d'y trouver des faiblesses, des choses qui ne vous plaisent pas, des maladresses. N'hésitez pas à remettre sur le métier votre travail : il ne sert à rien d'envoyer un manuscrit non fini à un éditeur, celui-ci ne verra pas forcément le potentiel derrière une oeuvre, il jugera si elle est publiable ou non selon ses critères. Bref, à de rares exceptions près (précisons que CyLibris est l'une de ces exceptions), les éditeurs ne signent pas des auteurs qui auraient du potentiel, mais n'ont pas encore finalisé leur première oeuvre. Conclusion : prenez votre temps !

book_1_Vous pouvez également faire lire votre manuscrit autour de vous, mais sachez prendre avec le recul nécessaire ce que vous diront vos proches ou vos amis : leur jugement peut comporter d'autres facteurs que l'intérêt littéraire. Sachez donc accepter la critique mais également relativiser les louanges : méfiez-vous ainsi des jugements uniquement positifs (c'est souvent peu intéressant : toute oeuvre (disons l'immense majorité) a des faiblesses...). Cela dit, ne suivez pas forcément tous les conseils : c'est tout de même votre oeuvre, il faut donc que vous soyez persuadé de leur intérêt...

Jérôme.

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27 avril 2006

Opinion - La littérature gay existe-t-elle ?

A cette question est récurrente dans l'histoire de Cylibris. Nous nous proposons donc d'y répondre, une bonne fois pour toute.

corydonCertains pourraient penser que la littérature gay se définit par des thèmes récurrents, propres à une communauté. Nous pouvons d'ailleurs accréditer ce fait : parmi tous les manuscrits que nous recevons, les questions de l'identité sexuelle, de l'éclosion du désir homosexuel et de son refoulement comme de sa libération sont sans conteste les plus exploitées. Ceci dit, les livres que nous décidons finalement de publier ne se limitent jamais à cela (ceux qui s'y limitent sont d'ailleurs bien ennuyeux). Car nous publions des romans, et qu'un roman doit aller au-delà. Il doit raconter, décrire et nous emporter. Les questions à elles-seules ne font pas voyager.

Quoi de commun dans les thèmes abordés par le livre baroque de François Harray, le Corsaire, qui nous plonge dans le manque, la perte, l'initiation, le voyage et la paternité, et dans l'écheveau policier de Philippe Cassand dans le Cheval Bleu se promène sur l'horizon, deux fois... puisant aux sources de la vie de province, des intrigues, de l'hypocrisie bourgeoise et de la folie douce ?

A vrai dire, aucun. Et pourtant...

Nous doutons de l'existence de thèmes structurant une communauté qui à son tour produirait une littérature, car la littérature nous paraît plus vaste que n'importe quelle communauté (à vrai dire, nous doutons même de l'existence d'une quelconque  communauté).

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Notre avis est qu'il existe une littérature gay, de la même manière qu'il existe une littérature policière. Le propre du roman policier étant, en général, de mettre en scène un ou plusieurs policiers, nous ne serons donc pas surpris de constater que le propre de la littérature gay est de mettre en scène, en général, un ou plusieurs gays ; et si nous ajoutons "en général", c'est que nous ne désesperons pas de recevoir un jour, qui sait, un roman gay qui réussisse cette prouesse de ne mettre en scène aucun personnage gay. Si un tel roman existait, nous serions en effet les premiers à vouloir le publier.

fantomes_couvCe trésor pittoresque pour l'heure enfoui sous la matière grise d'un auteur inconnu, voici donc le point commun, notre fil, la finesse de notre tamis : des personnages gays. C'est suffisamment fin pour que le grain soit homogène et que se constitue, modestement, une collection de littérature gay cohérente ; mais c'est aussi la clé de notre diversité : entre nos mailles se faufilent ainsi toutes sortes de pépites, du détective privé style Drag-Queen de Cherry-Darling aux étudiants déstructurés de Crues, des fantômes de Jameson Currier aux fantasmes exotiques d'un certain José.

Bonne lecture à tous,

Benjamin 

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22 avril 2006

Critique - Robin Hobb, le cycle de L'Assassin Royal

On est parfois (agréablement) surpris par des œuvres dont on n’attendait rien de particulier, si ce n’est un moment de détente. Le Cycle de L’Assassin Royal, de l’auteur américain Robin Hobb fait partie de ces surprises.

2290303607.08._sclzzzzzzz__1_Robin Hobb a visiblement bien appris de l’école d’écriture américaine et elle sait mener un récit avec brio, ménageant ses surprises et rebondissements, mêlant adroitement dialogues et descriptions. Si l’univers est d’un classicisme de bon aloi pour ce type de littérature (un monde moyenâgeux mâtiné de plusieurs formes de magies mystérieuses), les personnages se révèlent quant à eux plus surprenants et participent principalement à l’intérêt de ce cycle.

Robin Hobb prend son temps (le cycle s’étale sur treize tomes dans son édition en français), mais elle parvient à créer assez vite un personnage central attachant et complexe, héros en proie au doute permanent, capable de véritables élans de générosité, comme de lâchetés flagrantes dans ses relations aux autres. En un mot : humain. On est pris par les rebondissements de l’intrigue, mais également (surtout) par les relations complexes qui se créent entre les personnages au fil des pages. Car, élément marquant, malgré un récit à la première personne, les personnages secondaires existent, vivent, ont une consistance, une réalité en dehors du héros. C’est la preuve d’une maturité stylistique à signaler.

La véritable originalité de ce cycle tient d’ailleurs à l’une des intrigues «sentimentales» qui parcourt les vingt tomes : l’amour du principal personnage secondaire homme (le « fou ») pour le héros. Amour qui se construit d’abord par une fascination secrète que Robin Hobb traduit par des détails, puis petit à petit, se dévoile, s’affirme pour finir par se déclarer.

hobb_1__copieOn aurait pu craindre un récit caricatural, il n’en est rien : la relation est décrite avec beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité. De réalité également et les sentiments du héros – qui rejette cet amour- sont également fort bien rendus. Bref, on n’est pas dans une collection sentimentale où tout se termine bien, dans un happy end programmé. L’intelligence et la force de Robin Hobb est justement d’ancrer complètement cette relation dans une réalité complexe et mouvante. C’est d’ailleurs, de manière surprenante, cette relation amoureuse qui sert de moteur principal à l’intrigue dans la seconde partie du cycle, comme si Robin Hobb avait voulu la mener à son terme.

Le cycle de l’Assassin Royal est donc une œuvre plus originale qu’il peut n’y paraître au premier abord. Je vous la conseille, mais il faut la lire sur plusieurs mois, laisser aux personnages le temps de mûrir tranquillement. Je ne la qualifierai pas de littérature « gay » (il faudra que l’on consacre quelques articles de ce blog à ce débat), mais tous ceux qui sont un jour tombés amoureux d’un hétéro pur et dur s’y retrouveront.

Jérôme.

Le Cycle de l’Assassin royal est publié chez Pygmalion en grand format. Le dernier tome a été publié en février 2006.

Les premiers tomes ont commencé à paraître chez J’ai Lu. Vu le découpage curieux que Pygmalion a adopté et les prix des grands formats, je conseille de commencer ce cycle en poche et d’attendre tranquillement la publication des derniers tomes.

On peut également signaler du même auteur, le cycle des Aventuriers de la Mer. Intéressant car les deux cycles se rejoignent à un moment.

voir : http://arcanesfantasy.free.fr/hobb.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robin_Hobb


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17 avril 2006

Opinion - Le mariage Gay : une nécessaire avancée démocratique

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[Et pour penser un peu plus loin : Thibaud Collin, Le Mariage gay,
http://www.libertepolitique.com/public/services/livre.php?id=275]

La France, pays des droits de l’Homme, est encore une fois absente d’un vrai débat de société, et, si elle n’y prend pas garde, elle risque d’être le dernier pays d’Europe a accomplir une avancée démocratique importante : légaliser le mariage Gay. Nos hommes politiques, si prompts à se saisir de toute grande cause et à donner des leçons à l’étranger, sont curieusement muets sur ce thème, sauf quelques rares voix. A tort.

La revendication d’un mariage gay n’est sûrement pas le symbole d’un embourgeoisement réactionnaire d’une communauté, c’est tout d’abord l’aboutissement d’une lutte pour une réelle égalité des droits. Enfin ! La légalisation du mariage homosexuel est avant tout une question de justice et d’égalité. Comment cela peut-il encore échapper à notre société ?

C’est au nom d’une progression de la démocratie que ce droit doit être revendiqué au même titre – osons les comparaisons – que l’abolition de la peine de mort ou le droit à l’avortement.

20051227_mariagegay_1_4Car le mariage, dans une société laïque, est l’union de deux individus qui s’aiment, vivent en couple, et désirent bâtir ensemble, cette volonté s’incarnant dans un contrat devant les institutions. Le mariage est précisément la reconnaissance de cette volonté humaine. Et parce que la France est un état politiquement laïc, la loi ne devrait pas préjuger de l’orientation sexuelle entre personnes majeures consentantes. Elle doit s’en tenir au fondement même de la relation de couple entre individus manifestant le même désir en tant que citoyens et non en tant qu’homosexuels ou hétérosexuels. Ainsi, les homosexuel(le)s doivent avoir le droit au mariage, non du fait de leur homosexualité, mais simplement pour le plein exercice de leurs droits de citoyens. La revendication d’un mariage entre personnes de même sexe, avant d’être un choix est déjà un devoir, car elle répond à un principe de liberté : liberté d’accepter ou de refuser une institution fondamentale qui fut pourtant trop longtemps le prétexte à une ségrégation implicitement sexuelle.

h_primary4_1_Que les églises et les religions fassent le lien entre mariage et hétérosexualité n’étonnera personne et on pourrait même considérer qu’elles jouent leur rôle, car derrière la démarche d’union vient, selon elles, celle de procréation. Mais cette vision ne doit pas être celle d’une société laïque : non, le mariage n’est pas, dans la société civile, la sacralisation d’une relation entre un homme et une femme visant à donner la vie. C’est uniquement la reconnaissance en terme de droits d’une relation entre deux personnes décidées à tenter de vivre le reste (ou une partie) de leur vie en commun. Une simple question de droit, de devoir et de vie commune. Le désir d’enfant se pose et se posera en dehors du mariage. Que le contrat prévoit ce désir est naturel, mais il n’y a pas dans le mariage laïc d’obligation à procréer.

quicklookLe PACS, accordé voilà quelques années, a été une première étape intéressante, mais ne peut suffire en terme de droits concrets. Pour la première fois, la loi a permis à des individus de se rassembler, de se donner conjointement des droits et des devoirs : que ces individus soient amants, amis, cousins, etc. Il s’agissait là de répondre à une demande générale de la société, et pas simplement de la communauté gay, d’obtenir un outil juridique plus simple et plus ouvert que le mariage. Le PACS répond à une évolution de notre société, c’est une simplification – certains diraient un affaiblissement – de l’engagement. Qu’on ait, dès l’origine, gommé toute référence sexuelle était une avancée, simplifiée certainement par l’absence de référent religieux à ce contrat, mais ce n’est pas suffisant, il n’accorde pas pour autant une pleine égalité de droit.

commitment_1_2Et l’adoption ? Soyons clair, si le mariage gay fait peur c’est que derrière lui se profile la possibilité pour des couples homosexuels d’adopter. Et alors ? Noyée entre la vulgarisation de la psychanalyse familiale des années 80 et une vase religieuse dogmatique, la société doit lever la tête et ouvrir les yeux : ceux qui croient que les couples gays n’ont pas déjà des enfants devraient sortir de chez eux plus souvent. L’amour a déjà bousculé les barrières ! Dans un monde de familles recomposées évoluant en permanence, il faut bien admettre qu’avoir deux pères ou deux mères n’est pas traumatisant pour l’enfant. Ce qui traumatise l’enfant c’est le jugement discriminant que porte sur lui la société tout entière via ses camarades, via d’autres adultes, etc. Ce qui traumatise un enfant ce n’est pas l’amour de ses parents, c’est le reste, la violence, la dévalorisation, le mépris, la négation de son droit au respect. Prétexter le besoin de repères parentaux (homme/femme) est un argument radicalement frauduleux, identique à celui qu’on posait sur les familles où une femme noire se mariait avec un homme blanc… mauvais souvenirs d’un passé terrifiant… Quel est donc le plus grand traumatisme ? Avoir deux parents de même sexe, une mère sans père, une mère et deux pères (dont le géniteur)…? Tout et son contraire est dit. Si la norme hétérosexuelle est nécessaire pour un développement harmonieux de l’enfant, il faut interdire rapidement l’adoption possible par les célibataires ! Là encore, ce débat ressemble à une grande tartufferie où « l’intérêt de l’enfant » est brandi pour cacher des motifs moins avouables.

photo7000112_1_Ici, que l’intérêt de l’enfant doit être préservé, personne ne le niera, les gays comme les autres. Comment protéger l’enfant ? Simplement en encadrant par la loi un phénomène qui existe déjà : que les conditions d’adoption pour les couples homosexuels soient définies et harmonisées, comme c’est le cas pour les couples hétérosexuels, montrera enfin un vrai souci de l’enfant. Il faut définir, encadrer et contrôler, c’est la meilleure manière de protéger les enfants, et cesser de voir (et de présenter) les gays comme des clubbers irresponsables incapables d’élever correctement des enfants.

Alors, où est le débat ? A notre sens, nulle part, et une partie des discussions résulte plutôt d’un problème de vocabulaire : l’utilisation du mot « mariage » trop lié à la religion, à des notions de procréation, à un délire de sacralisation d’un type de sexualité préférable. Si c’est tout, gommons du code civil le mot mariage (parlons d’union civile ? Union laïque ?), pour abandonner aux églises son utilisation… A moins que le débat actuel ne reflète qu’une profonde résistance machiste de la société française voulant à tout prix conserver un pouvoir sur la sexualité, et imposer l’hétérosexualité comme modèle normal. Dans ce cas, la lutte pour l’égalité des droits est un devoir, et elle sera encore longue… tant que le sens-commun résistera au bon-sens.

Frederic Florens  et Jérôme Olinon

Voir aussi :

L'Union fait-elle l'union ? http://www.europeplusnet.info/article367.html

Le mariage gay (à paris) ? http://www.dossiersdunet.com/article182.html

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Ouverture du blog des Editions CyLibris


Bienvenue sur le blog des Editions CyLibris, Editeur de littérature essentiellement gay.

Pourquoi un blog ?

Pour pouvoir parler de ce qui nous intéresse : littérature (évidemment - qu'elle soit publiée chez nous ou ailleurs), actualité culturelle, médiatique, politique... Bref, un blog à plusieurs et qui s'enrichira au fur et à mesure.

A très vite.

Olivier


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